Le 4 mars, rendez-vous à la Mission locale pour découvrir les œuvres de cinq jeunes Stéphanais à la fibre créative.
Quand ils ne peaufinent pas leur projet professionnel avec l’aide de la Mission locale, Chloé, Thifanny, Hugo, Owen et Isaac cassent la routine en mettant du beau dans leur quotidien. Peindre, coudre, composer, écrire, dessiner : à chacun son verbe et à chacun sa façon de transformer son monde intérieur en créations accessibles à toutes et tous. Ces cinq artistes seront présents mardi 4 mars de 16h à 18h lors du vernissage de leur exposition organisée par la Mission locale (accès par le 7 rue des Cateliers, dans les locaux de l’Afpa).
Photos : Jean-Pierre Sageot
Hugo Gantou, musicien sur ordinateur
La vie d’Hugo Gantou, 21 ans, a toujours été rythmée par la musique. Dès ses 10 ans, il a pratiqué le piano, la batterie puis les percussions. Il se sert maintenant de son ordinateur pour composer ses propres morceaux avec le logiciel FL Studio. « C’est un anti-vide. Quand je compose, je ne suis pas sur mon téléphone ou sur le canapé, ça me plaît beaucoup. » Son style ? « Aussi bien l’électro, le rap que le jazz, la trap ou le métal… » Ses inspirations ? « $crim et Wendigo pour les producteurs, Suicideboys, Nascar Alo et Lil Darkboy pour les artistes », détaille Hugo qui vit près de la rue du Madrillet et des locaux de la Mission locale, qu’il fréquente depuis bientôt 3 ans.
Après avoir travaillé à Rouen comme cuisinier place du Vieux-Marché et barman près de la cathédrale, il ambitionne aujourd’hui de devenir nettoyeur « de l’extrême » : « Par exemple dans une entreprise qui intervient chez les personnes atteintes du syndrome de Diogène, les squats ou des scènes de crime. » En attendant, le jeune Stéphanais vend déjà certaines de ses productions musicales à des inconnus sur internet. Après sept ans de pratique, il cumule plus de 150 titres sur sa chaîne Youtube baptisée @bipolarity_prods. Son morceau le plus populaire « 23 ans de dèche » approche les 100 000 vues. Le 4 mars, Hugo diffusera certains de ses morceaux et d’autres qu’il affectionne.
Thifanny Bizet, couturière et cosplayeuse
Initiée à la couture par sa mère, Thifanny a perfectionné sa technique pour créer des costumes hauts en couleurs et donner vie à ses personnages de dessins animés préférés. À 26 ans, elle les incarne elle-même en revêtant par exemple la robe de Bulle, l’une des héroïnes des Supers Nanas. « Je me suis toujours identifiée à elle, pour sa douceur et sa gentillesse », explique la Stéphanaise qui a grandi dans le quartier des Aviateurs. Recréer et porter les vêtements de personnages de fiction pour les incarner en public : on appelle ça le cosplay. « Ce sont les Anglais qui ont commencé en imitant Sherlock Holmes, puis les Américains avec les costumes de Star Wars et Star Trek. Maintenant ça a explosé avec les mangas », détaille Thifanny, pour qui confectionner un costume est d’abord un défi à relever : « Il faut parfois beaucoup de tissu. Ça peut vite devenir très cher ou très technique et donc irréalisable. L’idée est de trouver une solution pour y arriver. » La cosplayeuse peut passer jusqu’à 3 jours pour confectionner une perruque, 3 mois pour un costume entier. Accompagnée par la Mission locale depuis 4 ans, Thifanny cherche un travail en rapport avec les livres : « J’ai toujours été très lecture. Romans, BD, mangas… je lis pour m’évader. » Parallèlement à ses recherches, elle poursuit ses créations et envisage de donner vie aux robes de Cendrillon et d’autres princesses. Un travail à découvrir sur les plateformes Vinted, Cosplan qu’elle alimente sous le pseudo de Lovegel, et sur Instagram.
Chloé Zerouak, peintre et illustratrice
Avoir l’art comme art de vivre, c’est le choix qui semble s’être imposé à Chloé, 18 ans, qui habite le quartier de La Houssière. Sans prendre de cours, elle s’est lancée dans la réalisation de plusieurs peintures de styles très différents et à la réalisation aboutie. Pour sa dernière série de silhouettes en mouvement, elle s’est inspirée de l’Américain Keith Haring mais on jurerait y voir aussi les courbures de Matisse et les ondulations hantées de Munch. Son diptyque « Les Jumeaux » réalisé en 5 heures fait par exemple écho à ses intentions profondes : « J’ai toujours aimé dessiner des corps de femmes. Prendre le temps, voir la façon dont les corps se tordent, les faire danser, voir leurs bras prendre la forme des vagues… c’est ce que je préfère. » Une activité cathartique pour Chloé, au même titre que la couture ou la photo qu’elle explore aussi : « Être dans ma bulle pendant plusieurs heures, avec de la musique, ça m’aide à me recentrer, me canaliser. » Avec la Mission locale qui l’accompagne depuis 7 mois, elle cherche à s’orienter vers les Beaux-Arts. « J’aimerais y développer toutes les formes d’art. Explorer plein de trucs, rencontrer les gens qui aiment les mêmes choses que moi et m’y faire des contacts », indique la Stéphanaise, avant de rappeler que l’on peut admirer certaines de ses toiles sur son compte Instagram.
Isaac Fatoye, illustrateur et infographiste
Adepte du dessin au crayon quand il était plus jeune, Isaac a évolué avec son temps et « changé d’état d’esprit ». Il dessine maintenant sur ordinateur, grâce à sa maîtrise des logiciels de retouche et de création graphique Photoshop et Illustrator. En quelques clics, il réinvente des images de la culture de masse, comme le superhéros Hulk, qu’il fait surgir d’une télévision ou Godzilla, qu’il plante en plein Paris. Des mises en scène créatives tout droit sorties de son imagination. « C’est ma seule limite. Avec les ordinateurs et internet, on peut tout faire. » Arrivé du Nigéria en 2021 au titre du regroupement familial, le jeune Stéphanais de 25 ans apprécie cette ville où « supermarché, salle de sport… tout est près de la maison ». Son français, Isaac le perfectionne depuis quatre ans grâce à la Mission locale qui lui a également permis de travailler comme assistant monteur vidéo. Ses précédentes études d’ingénieur à l’université n’étant pas reconnues dans l’Hexagone, Isaac souhaite se réorienter pour devenir infographiste ou « web designer », c’est-à-dire créateur de sites internet. Il connaît notamment les langages informatiques html, java ou python et envisage parallèlement d’apprendre d’autres langues, comme l’allemand. Avoir envie d’apprendre et faire fi des difficultés : deux qualités qui l’amèneront peut-être à « travailler pour une grande marque » comme il le souhaite, ou tout du moins, l’aideront à imposer la sienne.
Owen Lecompte — Leclerc, dessinateur et écrivain
Entre dessinateur ou écrivain, Owen a choisi de ne pas choisir. Il présentera à la fois des illustrations numériques réalisées sur tablette et des extraits de son roman en cours d’écriture. Qu’y raconte-t-il ? « C’est l’histoire d’un personnage qui vit un peu isolé du fait de sa différence. Un jour, il va obtenir un pouvoir qui va lui permettre d’aider les autres, mais qui risque aussi de lui coûter la vie s’il va trop loin », détaille le jeune qui vit dans le quartier Gallouen. Côté dessins, « il n’y a pas un style particulier mais les personnages pourraient être ceux du roman, complète-t-il. Quand j’ai vu des gens dessiner et partager ce qu’ils faisaient, j’ai commencé à faire pareil. Ça développe la créativité. » D’autant qu’Owen a appris seul sans prendre de cours. Idem pour l’écriture : « Ce que j’aime dans le fait de lire des histoires, c’est entrer dans des univers différents. À force, j’ai aussi voulu recréer d’autres univers pour les partager à mon tour. » À seulement 16 ans, Owen bénéficie d’un double accompagnement de la Mission locale et de l’Association de prévention individualisée et collective (Aspic), avec qui il développe son projet professionnel. De quoi l’aider à trouver bien d’autres histoires à raconter.
La Mission Locale : une main tendue aux jeunes Stéphanais
La Mission locale est un réseau national créé pour permettre l’insertion des jeunes en difficulté, non scolarisés et non étudiants, de 16 à 26 ans. On compte 17 missions locales dans l’agglomération rouennaise dont une à Saint-Étienne-du-Rouvray, où les conseillères accompagnent les jeunes pour chercher du travail, passer le permis et apporter une aide sur les questions de santé ou d’hébergement.
- Toutes les informations à retrouver sur missionslocalesnormandie.fr
- Page Facebook de la Mission Locale de Rouen
- Page Linkedin